Pourquoi l’attente aux urgences

est parfois si longue ? 

 

L'attente aux urgences, un sport national

“Pourquoi j’attends encore aux urgences ?

Spoiler :  ce n’est ni parce qu’on boit le café,  ni parce qu’on vous a oublié,  ni parce qu’on aime vous faire patienter (promis).

Derrière les portes des urgences, c’est plutôt :  une ruche en surchauffe  des prises de sang qui voyagent  des scanners qui se font désirer des lits qui jouent à cache-cache.

Infirmière aux urgences depuis 16 ans, je vous raconte la vraie vie des urgences, sans filtre, sans jargon… et avec un peu d’autodérision 😏

Mais pourquoi c’est si long ?

Par une infirmières d’urgences… depuis 16 ans.

 Si vous avez déjà mis les pieds aux urgences, il y a de fortes chances que vous vous soyez posé LA question :  « Mais… pourquoi c’est si long ? »

Installez-vous confortablement (oui, même sur un fauteuil de salle d’attente), je vous explique tout, avec un peu d’humour et beaucoup de réalité terrain.

 

Les urgences un service ouvert non-stop ( et sans bouton pause)

Je suis infirmière aux urgences depuis 16 ans. Et s’il y a bien une chose que nous ne maîtrisons pas, c’est le temps d’attente.

Aux urgences, nous ne choisissons pas notre programme :

– Les patients arrivent 24h/24
– On ne peut pas fermer les portes
– Et tout le monde n’arrive pas avec un simple rhume

En temps « normal », le flux commence doucement vers 11h, monte progressivement et atteint un pic vers 17h-18h :

– sortie du travail,
–  fin des consultations chez le médecin traitant,
– petits bobos de la journée qui deviennent soudain très urgents.

 

Première étape : l’accueil

À votre arrivée, vous êtes accueillis par une équipe en première ligne :

– l’infirmière d’accueil (IAO),
–  l’aide-soignant(e),
– et l’agent administratif.

Une fois les formalités administratives réalisées, le vrai travail clinique commence.

Le tri infirmier : grave, très grave… ou peut attendre

Dans le box d’IAO (Infirmière d’Accueil et d’Orientation), nous faisons un tri. Oui, comme à l’aéroport, mais sans tapis roulant.

On évalue, votre état clinique :

– la tension,
– la saturation en oxygène,
– la température,
– et on réalise un interrogatoire.

Objectif : déterminer rapidement si vous êtes :

–  En situation grave, votre vie est menacé à court terme → prise en charge immédiate,
– Stable, vous nécessitez une consultation→ attente surveillée,
– Relevant d’une autre solution de soins plus adaptée que les urgences.

Une fois cette étape passée, vous retournez en salle d’attente…
Sur un fauteuil, ou parfois sur un brancard. Et là, l’attente commence.

Les urgences : La clepsydre de Fort Boyard

 Pourquoi l’attente est-elle si longue ? La métaphore de la clepsydre

Les urgences, c’est un peu comme une clepsydre :

– En haut : les patients arrivent en continu (on ne peut pas fermer)
– Au milieu : les capacités de prise en charge (locaux, personnel, box)
– En bas : les sorties (retour à domicile ou hospitalisation)

Problème ?

– Moins de lits d’hospitalisation
– Une population vieillissante
– Des services souvent saturés

Résultat : quand « le bas » est bouché, tout le reste ralentit.

Et non, ce n’est pas parce que quelqu’un « traîne » ou « prend son temps ».

 

Vous êtes enfin pris en charge et pourtant vous attendrez encore

Une fois installé dans un box :

1. Vous êtes vu par un interne
2. Puis par un médecin

Si des examens sont prescrits, c’est reparti pour une nouvelle phase d’attente.

Exemple classique : la prise de sang

– Le personnel paramédical doit être disponible pour la réaliser
– Le prélèvement part ensuite au laboratoire
–  Les résultats arrivent en 2 à 3 heures

Cela peut sembler long…
Mais en ville aussi, une prise de sang faite le matin donne souvent des résultats en début d’après-midi. 

Et si vous avez besoin d’examens complémentaires

 Alors là, accrochez-vous :

– La demande doit être validée par le radiologue
–  Les manipulateurs doivent avoir un créneau
– Les brancardiers doivent être disponibles pour vous y emmener
– L’examen est réalisé
– Puis analysé

Résultat : encore 2 à 3 heures d’attente possibles.

Un moment tant attendu : la décision médicale

Quand tous les résultats sont enfin là :

– le diagnostic est posé,
– le traitement est décidé,
– et le médecin peut autoriser votre sortie.
Pour cela il doit prendre le temps de relire votre dossier et rediger, courier de sortie et ordonnance… allez encore un peu de patience.

C’est ce qu’on vous souhaite à tous. 

Et si une hospitalisation est nécessaire

Une nouvelle attente commence :

– Trouver le service adapté
–  Vérifier qu’un lit est disponible
– Obtenir l’accord du médecin du service
– Organiser le transfert

Et seulement après cela, vous êtes enfin installé dans un service plus calme. 

En résumé, l’attente n’est pas un manque de considération

 En résumé : l’attente n’est pas un manque de considération

L’attente aux urgences n’est pas liée à la mauvaise volonté du personnel.

Elle est le résultat de :

– contraintes organisationnelles,
– manque de lits,
– afflux constant de patients,
– et d’un système qui fonctionne en tension permanente.

Aux urgences, tout le monde travaille, tout le temps, pour soulager, soigner et orienter au mieux.

Alors la prochaine fois que l’attente vous semble longue, souvenez-vous :
👉 derrière les portes, une véritable ruche est à l’œuvre, 24h/24.